# 48 - Thanadoula : de la fin de vie au deuil, un accompagnement pas comme les autres
Elles accompagnent la fin de vie et aussi le deuil mais que font vraiment les thanadoulas ?
Il existe des métiers qu’on ignore jusqu’au moment où on en a besoin.
La thanadoula en fait partie. Ce mot intrigue, parfois déconcerte, et pourtant il désigne une réalité concrète : accompagner les personnes en fin de vie, et leurs proches, à travers l’un des passages les plus intimes qui soit.
Dans ce nouvel épisode de “Ainsi va la vie“, je reçois deux professionnelles qui nous font découvrir leur métier.
Un épisode qui a pris une résonance particulière : c’est après l’avoir enregistré que j’ai moi-même accompagné mon papa en fin de vie.
Deux voix, deux pays, une même conviction
Vanessa Maier est fondatrice de Doula de fin de vie suisse, membre du comité de la Société d’études thanatologiques et de la Commission des affaires mortuaires et funéraires du canton de Vaud. Elle pratique depuis 2018, après une formation en Angleterre et en Suisse, et a également exercé quatre ans comme bénévole en unité de soins palliatifs.
Gwenaela Souet, elle, est infirmière de métier et thanadoula depuis trois ans. Elle a passé neuf ans comme bénévole au sein de Jalmalv, a accompagné sa maman en fin de vie, puis décidé à 37 ans de se former pour être infirmière avec un objectif précis : travailler auprès des personnes âgées en fin de vie. Elle a alors exercé quatorze ans en Ehpad avant de se former et d’être certifiée en tant que thanadoula.
Elle préside aujourd’hui l‘APFT, l’Association professionnelle francophone des thanatologue, créée en 2026.
Ce métier de thanadoula est une activité récente tant en Suisse qu’en France.
Que fait une thanadoula, concrètement ?
Vanessa le formule ainsi : elle « éclaire le chemin sur lequel la personne avance, met en lumière son potentiel intérieur et les ressources auxquelles elle n’a peut-être pas accès ou dont elle n’a pas forcément conscience.
Gwenaëlla, elle, parle de “tissage” : tisser le lien entre la personne en fin de vie, sa famille et le monde médical. Faciliter la communication là où elle est rompue. Ouvrir un espace où chacun peut déposer ce qu’il porte.
Ce que mes deux invitées soulignent c’est qu’elles n’imposent rien. Elles proposent, suggèrent, autorisent. « Ce mot revient souvent », dit Gwenaela. Autoriser les proches à dire ce qu’ils n’osaient pas. Autoriser la personne qui part à lâcher, quand elle est épuisée.
Qui fait appel à elles ? Et à quel moment ?
Dans la majorité des cas, c’est l’entourage qui contacte la thanadoula. Ce n’est pas surprenant puisque la personne en fin de vie est souvent dans un processus d’intériorisation.
C’est le proche aidant qui porte la charge mentale ou qui est pétrifiée par la perspective de la mort.
Vanessa Maier le constate régulièrement : un proche la contacte en pensant que c’est son parent malade qui a besoin d’elle. Et au fil de l’échange, c’est lui (ou elle) qui s’avère avoir le plus besoin d’un espace pour déposer, réfléchir, se préparer.
Mais parfois, elles sont contactées par une personne qui se sait condamnée. Ainsi Gwenaela a reçu un appel d’un homme qui venait d’apprendre son cancer métastasé avec métastases cérébrales. Cet homme n’avait jamais pensé qu’il était mortel et voulait se préparer consciemment à sa fin de vie pour lui mais surtout pour ne pas « affoler » son fils et sa conjointe.
Durant son accompagnement, Gwenaela a pu répondre à ses questions frontales, sans filtre. Un dimanche matin, sans même dire bonjour : « J’ai pas dormi de la nuit. Comment je vais savoir que je suis mort ? ».
Une présence, la juste posture, une grande adaptabilité
Contrairement à ce qu’on imagine souvent, la thanadoula n’intervient pas uniquement en soins palliatifs.
Elle peut accompagner à domicile, en EHPAD, en service hospitalier classique et suivre la personne d’un lieu à l’autre si la situation évolue.
Elle peut être contactée des mois à l’avance comme quelques heures avant le décès.
La grande majorité des gens ne meurent pas en unité de soins palliatifs. On meurt dans beaucoup d’autres services, on meur à la maison… La thanadoula peut intervenir dans tous les contextes.
La durée d’accompagnement varie du tout au tout. Vanessa évoque un accompagnement de plusieurs mois dans le cadre d’une maladie de Charcot, avec une famille en crise, un dialogue rompu avec l’institution, une demande d’assistance au suicide à intégrer.
Une formation sérieuse, une posture exigeante
Les deux invitées le disent sans ambiguïté : avoir vécu un deuil ne suffit pas à devenir thanadoula.
Le risque d’idéalisation est réel. La confrontation au réel lors des stages est indispensable pour éviter d’arriver avec une image fantasmée du métier.
La formation couvre des domaines très concrets : La fin de vie, l’annonce d’un diagnostic, le deuil, les aspects légaux et funéraires. Mais au-delà de la certification, c’est la pratique, la formation continue et le collectif qui font la différence. Travailler seule dans ce secteur est risqué. Il faut des pairs, des référents, une supervision.
Vanessa a fondé l‘Association Doulas de fin de vie suisse pour structurer cet environnement professionnel : charte éthique, formation continue, partenariats avec les institutions, construction d’un label qualité.
Gwenaela préside l’APFT (Association Professionnelle et Francophone des Thanadoulas), créée en 2026. Son objectif : Rassembler les thanadoulas francophones et donner de la visibilité et de la légitimité à ce métier naissant.
Car il existe aussi des dérives. Les deux femmes évoquent sans détour des pratiques qui brouillent l’image du métier : positionnements presque ésotériques ou discutables.
Leur réponse : leur positionnement clair, la transparence des tarifs, la contractualisation et le travail constant de collaboration avec le personnel soignant.
Et du côté des soignants ?
La thanadoula sont en contact avec le personnel soignant qui n’est pas encore très familier avec ce nouvel interlocuteur au service des familles et des patients.
En Suisse, l’accueil est globalement positif sous réserve que la thanadoula prenne l’initiative de se présenter, d’expliquer son rôle, d’entrer dans le dialogue.
En France, les réticences peuvent venir de certains chefs de service encore réticents même quand le reste de l’équipe est acquis. C’est une réalité à laquelle Gwenaela a été confrontée.
Mais mes deux invitées insistent sur un aspect de leur accompagnement souvent oublié : les soignants eux-mêmes ont besoin d’être accompagnés lorsqu’ils vivent des deuils cumulatifs dans le cadre de leurs fonctions. Quatorze ans en EHPAD ont appris à Gwenela que l’attachement est inévitable, que certains décès heurtent, que les deuils s’accumulent en silence. Pour le bien-être de leurs équipes, les directions d’établissements auraient fort intérêt à le reconnaître.
Ce que ce métier leur a appris
À la fin de l’épisode, je leur ai demandé ce que ce travail avait fait évolué chez elles.
Toutes deux parlent de la préciosité du présent. Et qu’elle ont une conscience plus aigüe de la saveur de la vie.
Pour contacter mes invitées :
- l’Association Doula de fin de vie suisse http://doulasdefindevie.ch
- Pour l’Association professionnelle francophone des thanadoulas http://assoapft.com
Ainsi va la vie, le podcast francophone sur le deuil
En 2025, le podcast a reçu le Prix Spécial du Jury aux Trophées du Funéraire (catégorie consoler les endeuillés) et a été nominé au “Prix du Podcast Santé Francophone (catégorie sensibilisation grand public).
Parlons sans tabou de la mort, de la perte d’un être cher et du chemin du deuil pour mieux comprendre, accepter et traverser ces moments difficiles.
Dans chaque épisode, mes invité.e.s partagent leurs expériences, conseils et réflexions profondes.
Ce podcast aborde :
– tous les deuils sous toutes leurs facettes ;
– les émotions du deuil ;
– des témoignages inspirants ;
– la fin de vie, les soins palliatifs, les funérailles et rituels ;
– le soutien aux proches endeuillés et accompagnants ;
– la psychologie, spiritualité et la santé mentale liées au deuil.
Que vous soyez endeuillé·e, proche, professionnel·le ou simplement curieux·se, ce podcast vous offre soutien, ressources, réconfort et clés de compréhension sur le deuil.
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